En l'instant présent, juste un regard, un parfum ...
Chez Bigornette ,pour le prénom du mercrdi :
APOLINNE
Un prénom qui chante si doux, que je rediffuse un texte en souvenir de la grand-mère de mes enfants , pour moi une belle-mère, non pas avec une langue de vipère , mais une belle-mère en OR.
Près de la cheminée
Quelques bûches avaient suffit à raviver le feu, et l’on pervevait à travers le crépitement des flammes un souffle d’elle.
Je la revoyais, assise dans son fauteuil, les bras en appui sur les accoudoirs, jambes étirées sur un tabouret, somnolente.
Le feu retraçait petit à petit une trace de sa vie, son parfum.
C’était une femme extraordinaire de courage, dévotion, douceur, bonté…si unique que je ne lui connaissais nul défaut.
A plus de quatre vingt ans, elle nous régalait encore avec un rôti de veau longuement mijoté dans les aromates et l’on en bavait rien que par l’odeur diffusée dans la pièce. Longtemps une île flottante achevait le festin, remplacée plus tard par une tarte Tatin, typique de la Sologne qu’elle affectionnait.
Le repas se déroulait dans la sérénité,ambiance des plus conviviales qui soit.
Les enfants jouaient avec elle durant des heures, notamment la cadette où jeux de société étaient à l’honneur : petits chevaux, jeu de dames …à moi, elle réservait des parties de scrabble pour lesquelles elle restait imbattable, tant elle avait culture.
Il faut dire qu’elle l’entretenait toujours par des lectures de choix, de l’écriture, des mots croisés, et le savoir qu’elle partageait nous surprenait.
Malgré un veuvage précoce, elle avait eu le mérite d’élever seule ses deux enfants, un choix d’elle-même, dans un confort très modeste, de longues heures de labeur avec sacrifices pour mener l’un d’eux, avec une fierté méritée ,jusqu’à la profession d’ingénieur polytechnicien.
Jamais elle ne se plaignait et elle avait attendu que ces deux enfants soient complètement installés avant de se retirer à la campagne, dans une toute petite maison héritée de son père.
Les flammes perdaient leur vivacité…mais je la sentais encore tout auprès de moi. Un simple bouquet de jonquilles au printemps la comblait de joie. Elle le faisait durer autant que possible, en biaisant chaque jour le bout de la queue et en renouvelant l’eau. Comme elle ne pouvait plus de déplacer, elle lisait encore davantage, des livres empruntés à la bibliothèque, des livres d’histoire de France, notant sur des cahiers, par thèmes, tous les évènements historiques, biographies, poèmes…et elle transmettait aux enfants avec intelligence, l’histoire que moi-même j’avais oubliée.Elle avait ainsi, délaissé la broderie trop minutieuse pour sa vue.
Là, je l’entends encore, la respiration sifflante, le sommeil agité ,car elle dormait plus profondément. Mais en se réveillant, je savais qu’elle reprendrait sa canne d’une main, qu’elle se tiendrait la hanche de l’autre et avancerait dans des chaussons déformés par des articulations douloureuses , mais souriante, clopin-clopant comme elle nous disait.
La vue, hélas lui faisait de plus en plus défaut, tellement affaiblie, qu’elle tâtonnait les objets trop flous avant de les saisir. Et, quand elle se réveillait, ils étaient voilés , glauques, imprégnés de sang à l’intérieur.
Elle avait su prendre soin d’elle, coquette comme elle le pouvait, les cheveux toujours permanentés, son corps dégageant une odeur de lavande, les ongles au soin d’un pédicure. Elle croyait aux vertus de la gelée royale, qu’elle nous conseillait de mettre sous la langue à chacune des saisons nouvelles pour en récolter les bienfaits !
Combien de fois avait-elle allumé la cheminée, combien de temps avions- nous apprécié ses trésors..
Le feu s’éteignait. Il ne restait que les cendres dans l’âtre, comme le souvenir de son visage ridé, endormi à mes côtés.
Aujourd'hui, je voudrais encore lui dire, combien je l'aime ..
Mamylilou-Lilounette