En l'instant présent, juste un regard, un parfum ...
Détresse d’un automne
L’heure est venue à parler de moi, avec ma robe fripée que j’abandonne au parcours des chemins.
On dit de moi que je laisserais aux cœurs mélancolie avec mes jours soi-disant nébuleux, humidifiés, courts, si courts !
J’en ai assez, ayant mon mot à dire avant de laisser l’hiver prendre ma place, bien plus draconien et désolant sur la terre que je ne suis.
Combien de fois vous ai-je ravis, en jouant à cache-cache avec le soleil à travers mes feuillages.
De leurs cheveux ébouriffés, d’or, de roux, de bruns, ils tissaient jusqu’à l’horizon des rubans mordorés à votre grand ravissement
Et puis voilà une feuille qui planait, une autre voltigeant, et d’autres encore qui valsaient pour tapisser la terre de lumières diaprées, avec un amalgame de bruissements à peine audibles.
Et comme ce silence devenait uniformément profond à travers la forêt ou sur les eaux dormantes !
Partout mon passage était recueillement, et lieu d’émerveillement.
Aujourd’hui, je me sens opprimer : piétiner sans ménagement, pousser au derrière à grands coups de pelle, englouti dans des sacs pour macérer avant d’y mourir étouffer.
Quelquefois j’avais de la joie, quand les enfants faisaient avec mes feuilles des brassées pour se rouler dedans.
Avec eux, Je partageais leur raillerie, et m’éparpillais pour recommencer leur jeu.
Certes je m’essouffle, je souffre, essayant d’oublier combien j’ai pu choyer ciel et terre de ces couleurs de miel.
Mais vous qui me regardez, avez-vous quelques remords à me voir ainsi tristement m’en aller ?
Avez-vous songé aux derniers fruits mûrs qui vous avaient mis l’eau à la bouche quand je vous en avais fait don : ce bon vin de la treille, ce jus de pommes, ces châtaignes, ce miel d’abeilles…non, vous avez oublié !
J’’afflige, j’afflige, voilà tout, sans aucune reconnaissance de votre part
Vous souvenez-vous au moins de Verlaine, qui avait compris, lui, combien j’étais malade, unissant sa peine à la mienne dans ses vers et ses sanglots et où il parlait si bien de moi. Dites, l’avez-vous aussi oublié ce grand poète ?
J’en serais encore plus désolée !
Mamylilou-Lilounette
( Rediffusion de ce texte , après quelques corrections)