En l'instant présent, juste un regard, un parfum ...
Spectacle rassurant

Tout est lumière, tout est joie.
L'araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d'argent

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

La rose semble, rajeunie,
S'accoupler au bouton vermeil ;
L'oiseau chante plein d'harmonie
Dans les rameaux pliens de soleil .

Sa voix bénit le Dieu de l'âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l'aube, paupière de flamme,
Pour un ciel , prunelle d'azur !
Sous les bois, où tout bruit s'émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée , or vivant.

La lune au jour tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
tendre, elle ouvre ses yeux d'opale
d'où la douceur du ciel descend !
La giroflée avec l'abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s'éveille ,
Remué par le germe obscur.

Tout vit et repose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert ,
l'ombre qui fuit l'eau qui passe ,
le ciel bleu sur le coteau vert !
La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l'herbe fleurit ...
- Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret , et sourit .
Victor Hugo (1er juin 1839)
in Les Rayons et les Ombres ( XVII )